Ruer (verbe)
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Il se dit d'un Cheval, d'un mulet, etc., qui lance vivement en arrière le pied ou les pieds de derrière. "Prenez garde à ce cheval, il rue."
"Ruer en vache" se dit d'un Cheval qui porte le pied de derrière sous la poitrine jusqu'à la jambe de devant, comme font les vaches, et en frappe la personne occupée au pied ou à la jambe de devant.
SE RUER signifie Se jeter impétueusement sur quelqu'un, sur quelque chose. "Après l'avoir menacé, il se rua sur lui et le maltraita. Les invités se ruèrent sur le buffet."
Fig., "Ruer dans les brancards," Regimber.
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Jeter avec impétuosité (sens qui a vieilli).
MALH.: « Elle sauva le ciel et rua le tonnerre Dont Briare mourut »
MOL.: « Ah ! je devais du moins lui jeter son chapeau, Lui
2 Ruer de grands coups, frapper de grands coups (locution qui a vieilli).
3 V. n. Lancer une pierre. Il gage qu'il
Ruer à tort et à travers, frapper de tous côtés dans une foule.
4 Se dit d'un cheval, d'un mulet, etc. qui lance avec force les pieds de derrière en l'air. Il suffit de relever fortement la tête de l'animal pour l'empêcher de
SÉV.: « L'archevêque a de grandes pensées ; mais plus il est vif, plus il faut s'approcher de lui comme des chevaux qui ruent »
VOLT.: « M. Durnol s'emporta, il donna un grand coup de pied à l'enfant, qui lui dit en pleurant : ah ! je conviens que l'âne de Balaam parlait, mais il ne ruait pas »
Par extension.
BUFF.: « Les Hollandais racontent que le casoar se sert de ses pieds pour sa défense, ruant et frappant par derrière comme un cheval selon les uns, et selon les autres.... »
Ruer à la botte, se dit de la défense du cheval qui cherche, avec l'un de ses pieds postérieurs, à frapper la jambe du cavalier au moment où il la ferme, ou lorsqu'il monte à cheval.
Ruer en vache, se dit d'un cheval qui porte le pied de derrière jusqu'à la jambe de devant, et en frappe, comme font les vaches, la personne occupée à cette jambe de devant.
Fig. Voilà une chose qui ne mord ni ne rue, se dit d'une chose qui ne peut faire ni bien ni mal.
5 Se
LA FONT.: « Cependant on fricasse, on se rue en cuisine »
BOSSUET: « Le loup, prêt à se
BOILEAU: « Et, chacun vainement se ruant entre deux »
SÉGUR: « Roguet avec sa colonne se rua brusquement sur le centre et au milieu de leur camp, où il entra pêle-mêle avec eux »
V. HUGO: « Gomorrhe, Sodome.... L'ardente nuée Sur vous s'est ruée, ô peuples pervers »
6 Fig. Être porté, frappé, en parlant de coups.
SAINT-SIMON: « Tous les matins, il [Monseigneur] allait prendre du chocolat chez Mlle de Lislebonne ; là se ruaient les bons coups »
SAINT-SIMON: « Apparemment que les grands coups s'y ruaient [chez Mme de Maintenon] pour le successeur [de Chamillart] »
REMARQUE
M. Auguste Barbier a fait
HISTORIQUE
XIIème siècle
Rois, p. 187: Pois [puis]
XIIIème siècle
Liv. des mét. 267: Et li prevoz de Paris fait jurer iceus quatre homes seur sains, que.... se il i trevent poisson porri ou mauvès, que il le feront
Ren. 11622: Tant en i vient parmi la rue, Qui n'i puet avenir s'i rue
ib. 2073: Et li vilains qui vint après, Leva la hache quant vint près ; Son coup rua de grant aïr [colère]
XIVème siècle
J. BRUYANT: « Et si ne dois nul temps
XVème siècle
FROISS.: « Si y avoit souvent des rencontres, des escarmouches et des rués par terre des uns et des autres.... »
E. DESCH.: « Encores, quant à mariage, Tendroie cellui à plus saige Qui la laide femme prendroit, Que cil qui la belle tendroit ; Car à la belle chascuns rue »
E. DESCH.: « Mais grans chevaulx s'arreste et va le pas, Quant il est fait, sanz
Aresta amorum, p. 335, dans LACURNE: Qui ne luy pouvoit donner luy ruoit [parlant de quelqu'un à qui tout le monde fait amitié]
XVIème siècle
RAB.: « Il ferroyt les cigalles, se ruoyt très bien en cuysine »
RAB.: « Je mors, je rue, je frappe »
AMYOT: « Ilz se
AMYOT: « Les lions, sans aucunes armes, ne faignent point de s'aller
AMYOT: « Les chevaux irritez et courroucez ruoient des pieds de derriere »
MONT.: « Pour nous garantir du coup qu'on nous rue »
H. EST.: « Quand je seray venu à ceste proposition et qu'il faudra
COTGRAVE: « Encores n'a pas failli qui a à
ÉTYMOLOGIE
Berry, roucher ; du lat.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Jeter avec impétuosité. "Ruer des pierres. Ruer à tour de bras."
Fam., "Ruer de grands coups," Frapper de grands coups.
Fam., "Ruer à tort et à travers," Frapper de tous côtés dans une foule. Dans cette phrase, "Ruer" s'emploie neutralement.
Prov. et fig., "Ses plus grands coups sont rués," se dit en parlant D'un homme qui, après s'être signalé en quelque chose, après s'être porté à quelque chose avec ardeur, commence à se modérer, à se relâcher. On dit aussi, "Les plus grands coups sont rués," Les plus grands efforts sont faits dans l'affaire dont il s'agit. L'une et l'autre phrase ont vieilli.
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
lorsqu'il s'emploie absolument, signifie, Jeter une pierre. "Il gage qu'il
Il s'emploie le plus souvent avec le pronom personnel, et signifie, Se jeter impétueusement sur quelqu'un, sur quelque chose. "Après l'avoir menacé, il se rua sur lui, et le maltraita. Les masques se ruèrent sur la collation."
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
est aussi neutre, et se dit D'un cheval, d'un mulet, etc., qui jette le pied ou les pieds de derrière en l'air avec force et en baissant le devant. "Prenez garde à ce cheval, à ce mulet, il rue."
"Ruer en vache," se dit D'un cheval qui porte le pied de derrière sous la poitrine jusqu'à la jambe de devant, et en frappe la personne occupée au pied ou à la jambe de devant, comme font les vaches.
1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Jeter avec impétuosité. "Ruer des pierres. Ruer à tour de bras".
On dit, "Ruer de grands coups," pour dire, Frapper de grands coups. Il est familier.
On dit aussi à peu près dans le même sens, d'Un homme qui frappe de tous côtés dans une fonle, qu'"Il rue à tort et à travers". Dans cette phrase, il se prend neutralement.
Et proverbialement et figurément, en parlant d'Un homme qui, après s'être signalé en quelque chose, après s'être porté à quelque chose avec ardeur, commence à se modérer, à se relàcher, on dit, que "Ses plus grands coups sont rués".
On dit aussi en général, "Les plus grands coups sont rués," pour dire, que Les plus grands efforts sont faits dans une affaire.
2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)
Ruer, se met quelquefois absolument, pour signifier, Jeter une pierre. "Il gage qu'il
On l'emploie au personnel, "Se
3ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)
Ruer, est aussi neutre, et signifie, Jeter les pieds de derrière en l'air avec force. "Prenez garde à ce cheval, à ce mulet, etc. il rue".
"Ruer en vache," se dit d'Un cheval qui frappe du pied de devant, contre l'ordinaire des chevaux.
Figurément et proverbialement, en parlant d'Un homme qui ne fait ni ne peut faire ni bien ni mal, on dit, que "C'est un homme qui ne mord ni ne rue". Et en parlant d'Une chose qui ne peut ni servir ni nuire, on dit aussi, "Cela ne mord, ni ne rue". Ces deux phrases sont populaires.
1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
| Verbe |
Jeter avec impétuosité. "Ruer des pierres. Ruer à tour de bras."
On dit, "Ruer de grands coups," pour dire, Frapper de grands coups. Il est familier.
On dit aussi à peu près dans le même sens, d'Un homme qui frappe de tous côtés dans une foule, qu'"Il rue à tort & à travers."
Et proverbialement & figurément, en parlant d'Un homme qui, après s'être signale en quelque chose, après s'être porté à quelque chose avec ardeur, commence à se modérer, à se relâcher, on dit que "Ses plus grands coups sont rués."
2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
se met quelquefois absolument, pour signifier, Jeter une pierre. "Il gage qu'il
On dit, "Se
3ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
est aussi neutre, & signifie, Jeter les pieds de derrière en l'air avec force. Prenez garde à ce cheval, à ce mulet, &c. il rue.
Ruer en vache, se dit d'Un cheval qui frappe du pied de devant, contre l'ordinaire des chevaux.
Figurément & prov. en parlant d'Un homme qui ne fait ni ne peut faire ni bien ni mal, on dit, que "C'est un homme qui ne mord, ni ne rue." Et en parlant d'Une chose qui ne peut ni servir ni nuire, on dit aussi, "Cela ne mord, ni ne rue." Ces deux phrases sont populaires.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
et neut. ["ru-é": devant l'"e" muet l'"u" est long: il "rûe". Au futur et au conditionel, cet "e" muet ne se prononce pas":" il "ruera", "ruerait;" prononc. "rûra", "rûrè": 1re lon. 2e "è" moy. au 2d.] "Ruer", actif, jeter avec impétuosité. '"Ruer des" pierres.
- "Ruer", fraper de grands coups. 'Il "rue" à tort et à travers; il frape à droite et à gauche dans la foule. = "V. n." Sans régime. Jeter une pierre. 'Il gage qu'il "ruera" plus loin que vous. = "V. réc." Se jeter impétueusement sur. 'Il "se rua sur" lui, et le maltraita. 'On "se rua sur" la collation, et bientôt, il n'en resta plus rien. = "Ruer" se dit aussi "neutralement", des animaux qui jètent les pieds de derrière en l'air avec force. 'Prenez garde à ce cheval, à ce mulet, il "rûe". = "Ruer en" vache, se dit d'un cheval, qui frape du pied de devant, contre l'ordinaire des chevaux. = On dit "populairement", d'un homme, qui ne fait ni bien ni mal, qu'il "ne mord", "ni ne rûe"; et d'une chôse qui n'est ni nuisible ni utile, qu' elle "ne mord ni ne rûe".
REM. "Ruer" n'est que du st. fam. Aûtrefois on ne le croyait pas indigne de la haute Poésie.
Elle sauva le Ciel et "rua le" tonerre,
Dont Briare mourut.
"Malherbe".
M. "Chevreau", dans ses observations sur "Malherbe", troûve que "lancer" eut été plus doux et plus beau, que "ruer". M. "Ménage" pensait, au contraire, que le mot "ruer" n' est pas mauvais; et il remarque que M. "de Segrais" l'emploie souvent dans l'Énéide. Aujourd'hui on ne s'en servirait pas avec succês dans le beau style.
1ère signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)
| Verbe |
Jetter avec impetuosité. "Ruer des pierres.
On dit, "Ruer de grands coups," pour dire, Frapper de grands coups. "Les plus grands coups sont ruez".
On dit fig. d'Un homme qui fait quelque chose avec moins d'ardeur, ou moins de succés qu'il ne faisoit auparavant, "Ses plus grands coups sont ruez. Il faisoit grande dépense en habits, en repas, &c. mais il commence à se retrancher, ses plus grands coups sont ruez".
Il se met quelquefois absolument, & alors il sign. Jetter une pierre. "Il gage qu'il ruër a plus loin que vous,"
On dit, "Se
2ème signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)
| Verbe |
Jetter les pieds de derriere en l'air avec force. "Prenez garde à ce cheval, à ce mulet, &c. il ruë".
On dit, "Ruer en cuisine," pour dire, Goinfrer. Il est bas.
On dit fig. d'Une chose qui ne peut nuire, & ne peut guere servir. "Cela ne mord ni ne rue".
Emplacement dans le dictionnaire :
| rudoyement rudoyer rue rué rûe ruée ruelle | ruellée rueller rueur rugby rugine ruginé | ruginer rugir rugissant rugissement rugosité rugueux ruilée |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Gaston LEROUX (Rouletabille chez le tsar)...un petit ange chéri qui vient de vous rendre un service dix fois plus précieux que la vie... l'autre attendait ; elle lui dit brutalement : -pourquoi m'avez-vous empêchée de me jeter sur lui ? De me ruer sur lui, quand il poussait la porte ? ... ah ! On l'aurait eu... on l'aurait eu... on saurait ! ... -non ! ... au moindre bruit, il n'avait qu'à tirer la porte. Un tour de clef, il nous échappait...
Citation n°2 de Émile ZOLA (La Débâcle)
...recommença, dans un silence de mort. Plus un bruit, plus un souffle sous l'ardent soleil. Les coeurs seuls battaient. Un ordre encore, le dernier, et cette masse immobile allait s'ébranler, se ruer d'un train de tempête. Mais, à ce moment, sur la crête du coteau, un officier parut, à cheval, blessé, et que deux hommes soutenaient. On ne le reconnut pas d'abord. Puis, un grondement s'éleva,...
Citation n°3 de François PONSARD (Lucrèce)
...qu'au moment qu'elle en touche au doigt l'ignominie, lorsque, se répandant sur un terrain nouveau, la licence descend jusques à son niveau, et quitte les sommets, où vit la politique, pour se ruer au sein du foyer domestique. Ces abus de pouvoir sont les plus odieux, car, d'un même danger instruisant tous les yeux, révoltant de chacun les entrailles intimes, ils forcent tous les rangs...
Citation n°4 de Pétrus BOREL (Rhapsodies)
...et non pas soif de l'or ? Malheur à qui l'offense ! Si ta mort est jurée, il comptera tes pas ; s'il le faut dans les bois, ainsi qu'une hyène, un mois il attendra que sa victime vienne pour se ruer sur son trépas. Puisque sans armes, seul, par cette route sombre tu marches, chante au moins, car peut-être dans l'ombre tu pourrais pour un autre être pris des brigands ; marche en chantant ces...
Citation n°5 de Auguste BARBIER (Iambes et poèmes)
...au sortir d'une sanglante orgie. S'il n'était pas aux fers, ah ! Malheur aux humains qui tomberaient alors sous ses robustes mains ! Malheur ! La force humaine est double en la démence laissez-la se ruer en un espace immense, libre, elle ébranlera les pierres des tombeaux, des plus hauts monuments les solides arceaux ; et ses bras musculeux et féconds en ruines soulèveraient un chêne et ses longues...
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